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Jour de pluie à Venise
Ninon Jacquet

 

 

L’eau lente, lourde, longe une étrange muraille
Et glue l’escalier noir auprès de l’Arsenal.
Une averse d’été fait chanter le canal.
Glauque, un remous se tord, glisse et se dépenaille.

Une gondole va dans l’austère grisaille.
Dans le fond du felze, immobile, spectral,
Un visage figé, sans regard, sculptural,
Dodine étrangement dans le jour qui défaille.

Cette ébauche entrevue, cette tache, ce flou,
C’est une vie qui va, c’est une chiffe au clou
Que le vent nauséeux de ce soir sans lumière

Et sans chaleur émeut. Froide comme un parian,
Je laisse m’envahir l’angoisse coutumière.
- Où sont les violons du café Florian ?


©Ninon Jacquet 16 sept. 06