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Les Roses de Venise
Gérard Cotton

Dans la cambrure du Grand Canal ,
J'ai vu fleurir des choses étranges .
Quand les dorures sont végétales ,
Ici les roses portent les anges .

Villon y dirait leurs douleurs ,
Baudelaire aimerait leurs frayeurs,
Rimbaud y tiendrait ses couleurs ,
Et ses voyelles, et mon bonheur .

Les Roses de Venise sont toutes de pierres vêtues ,
Couvertes de porphyre , de marbre , de blanche d'Istrie .
Les pétales mordorés de ces fleurs d' Italie
N'ont de senteurs , que le nectar de leur vécu .
Flora , la vie ,
Que j'aime à la folie ,
Vous voici !

Au lit des pilotis , vous avez survécu ,
A la peste , à sa mort , et aux hommes pervertis .
Les pieux de rouvre et de mélèze sont le châssis
De votre beauté , loin du malheur , survenu .
Flora , la vie ,
Que j'aime à la folie ,
Vous voici !

Rêvant d'un paradis , qu'il croit avoir perdu ,
Le ruisseau perpétuel des amoureux transis ,
Transis par vos parterres sans cesse refleuris
Découvre émerveillé , le sensuel , la vertu .
Flora , la vie ,
Que j'aime à la folie ,
Vous voici !

Quand ces deux angelots émergent à ma vue ,
Au profond du miroir , et derrière celui-ci ,
A la vase des canaux , et au ciel d'Italie ,
Le diable et le bon Dieu sont chez vous revenus .
Flora , la vie ,
Que j'aime à la folie ,
Vous voici !

Belles Rosas continuez , au soleil apparu ,
De mirer vos sépales , aux reflets rouges et gris ,
De perdre vos pétales , au gré des jours de vie ,
Que l'on veut attraper , et qui ont disparu .
Flora , la vie ,
Que j'aime à la folie ,
Vous voici !