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Carnaval à Venise ...

Gérard Cotton

 

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Je n'avais jamais vu , je n'avais pas connu
Le va-et-vient des flots , les embruns du Lido .
J'étais comme éperdu puis elle m'est apparue ,
Quand nos âmes frémissent sur les canaux où glisse
Le blanc vaporetto jusqu'à Vallaresso .
Ce fut comme un délice , une saveur de réglisse .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Une foule italienne aux couleurs vénitiennes
Me hissa sur son dos , emportant le berceau

Des hôtes qui reviennent aux folies patriciennes .
Trévisanes , bolognaises , turinoises , milanaises ,
Qu'y a t'il de plus beau au ciel de Tiepolo
Que ces larmes de braises , turquoise ou véronèse .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

D'un fil d'Ariane tendu est soudain descendue,
De l'azur indigo à la cime des flots,
La colombe attendue pour l'année disparue .
Ainsi s'ouvrit le bal , ce chant du Carnaval ,
Silencieux , recueilli , couvert de confettis .
Et San Marco s'emballe au lit des Fleurs du Mal .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Aux palines accostées, les gondoles pavoisées
De masques en bateaux se reflétaient dans l'eau ,
Sous un soleil voilé ,aux vitraux colorés .
La lumière visitait un ciel taché de lait :
Ganse de cappuccino dimanche au Rialto .
J'avoue que l'on buvait les heures qui s'écoulaient .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Les rameurs des quartiers , sous l'oriflamme moiré
D'Enrico Dandolo filaient au Castello ,
Pour ce soir assembler un cortège rubané .
J'ai voulu les frôler , ils m'ont ensorcelé
D'une rose d'Italie toujours épanouie
Qui vient vous caresser dans la brume parfumée .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

A l'angle d'un palais , deux masques s'embrassaient
Sous l'air des concerti créés par Vivaldi ,
Quand les gammes fusaient des violons crémonais .
Leurs lèvres étaient blanc crème , leurs poses semblaient sereines
Sous la soie qui rayonne les velours de Vérone .
Devant mes yeux bohèmes , ils vinrent me dire : " Je t'aime . "

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Pétards , feux de Bengale , explosions vespérales ,
Près du Cannaregio , depuis Marco Polo ,
Inondent le haut des dalles de couleurs estivales .
Ces diamants qui s'étalent illuminent le canal
Comme lustres de Murano retombant dans les flots .
Ce fut un festival aux accents de cristal .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

J'ai voulu remonter dans le soir avancé ,
Sur un vaporetto , ce cher Canalazzo .
La foule des invités , aux salles illuminées ,
Semblait recommencer une époque surannée ,
Quand les notes d'un piano sortirent d'un portego .
Qui pourrait oublier cette musique , ses reflets ?

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

La place enveloppait de ses bras , de son dais ,
Des amoureux perdus sous la lune apparue
Quand les dômes ondulaient le froid qui les glaçait .
Le quadrige observait les étoiles qui pleuraient
La rumeur disparue , l'Orphéon s'étant tu .
Au Quadri on dînait , au Florian on chantait .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."

Au bord de cette nuit , je me suis assoupi
Contre le rêve d'Ursule , enfermée dans sa bulle ,
Quand le songe embellit les tuiles du Danieli .
Etais je encore ici , hors des jours évanouis ?
On dit ton crépuscule . Je te crois libellule ,
Au lit des pilotis , Immortelle comme la Vie .

Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."