Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Je n'avais jamais vu , je n'avais pas connu
Le va-et-vient des flots , les embruns du Lido .
J'étais comme éperdu puis elle m'est apparue ,
Quand nos âmes frémissent sur les canaux où
glisse
Le blanc vaporetto jusqu'à Vallaresso .
Ce fut comme un délice , une saveur de réglisse
.
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Une foule italienne aux couleurs vénitiennes
Me hissa sur son dos , emportant le berceau
Des hôtes qui reviennent aux folies patriciennes .
Trévisanes , bolognaises , turinoises , milanaises ,
Qu'y a t'il de plus beau au ciel de Tiepolo
Que ces larmes de braises , turquoise ou véronèse
.
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
D'un fil d'Ariane tendu est soudain descendue,
De l'azur indigo à la cime des flots,
La colombe attendue pour l'année disparue .
Ainsi s'ouvrit le bal , ce chant du Carnaval ,
Silencieux , recueilli , couvert de confettis .
Et San Marco s'emballe au lit des Fleurs du Mal .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Aux palines accostées, les gondoles pavoisées
De masques en bateaux se reflétaient dans l'eau ,
Sous un soleil voilé ,aux vitraux colorés .
La lumière visitait un ciel taché de lait :
Ganse de cappuccino dimanche au Rialto .
J'avoue que l'on buvait les heures qui s'écoulaient .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Les rameurs des quartiers , sous l'oriflamme moiré
D'Enrico Dandolo filaient au Castello ,
Pour ce soir assembler un cortège rubané .
J'ai voulu les frôler , ils m'ont ensorcelé
D'une rose d'Italie toujours épanouie
Qui vient vous caresser dans la brume parfumée .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
A l'angle d'un palais , deux masques s'embrassaient
Sous l'air des concerti créés par Vivaldi ,
Quand les gammes fusaient des violons crémonais .
Leurs lèvres étaient blanc crème , leurs
poses semblaient sereines
Sous la soie qui rayonne les velours de Vérone .
Devant mes yeux bohèmes , ils vinrent me dire : "
Je t'aime . "
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Pétards , feux de Bengale , explosions vespérales
,
Près du Cannaregio , depuis Marco Polo ,
Inondent le haut des dalles de couleurs estivales .
Ces diamants qui s'étalent illuminent le canal
Comme lustres de Murano retombant dans les flots .
Ce fut un festival aux accents de cristal .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
J'ai voulu remonter dans le soir avancé ,
Sur un vaporetto , ce cher Canalazzo .
La foule des invités , aux salles illuminées ,
Semblait recommencer une époque surannée ,
Quand les notes d'un piano sortirent d'un portego .
Qui pourrait oublier cette musique , ses reflets ?
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
La place enveloppait de ses bras , de son dais ,
Des amoureux perdus sous la lune apparue
Quand les dômes ondulaient le froid qui les glaçait
.
Le quadrige observait les étoiles qui pleuraient
La rumeur disparue , l'Orphéon s'étant tu .
Au Quadri on dînait , au Florian on chantait .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."
Au bord de cette nuit , je me suis assoupi
Contre le rêve d'Ursule , enfermée dans sa bulle
,
Quand le songe embellit les tuiles du Danieli .
Etais je encore ici , hors des jours évanouis ?
On dit ton crépuscule . Je te crois libellule ,
Au lit des pilotis , Immortelle comme la Vie .
Les oiseaux ne se cacheront plus pour mourir,
Les amants ne se cacheront plus pour frémir,
Leurs ailes d'or ont poudré l'ange du Campanile
D'une poussière d'Amour , légère , souple
et gracile .
Mon coeur ne se cachera plus pour gémir :
"Venise veut dire partir , venetia revenir ."