Petits poêmes et grands textes
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Théophile Gautier (1811-1872) |
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Par tous les violons râclé, Aux abois des chiens en colère Par tous les orgues nasillé. L'ont sur leur répertoire inscrit; Pour les serins il est classique, Et ma grand'mère, enfant, l'apprit. Dans les bals aux poudreux berceaux, Font sauter commis et grisettes, Et de leurs nids fuir les oiseaux. De houblon et de chèvrefeuille, Fête, en braillant la ritournelle, Le gai dimanche et l'argenteuil. L'écorche en se trompant de doigts; La sébille aux dents, son caniche Près de lui le grogne à mi-voix. Maigres sous leurs minces tartans, Le glapissent de leurs voix tristes Aux tables des cafés chantants. Un soir, comme avec un crochet, A ramassé le thème antique Du bout de son divin archet, Que l'oripeau rougit encore, Fait sur la phrase dédaignée Courir ses arabesques d'or. II Qui ne connait pas ce motif? A nos mamans il a su plaire, Tendre et gai, moquer et plaintif: Sur les canaux jadis chanté Et qu'un soupir de folle brise Dans le ballet a transporté! Voir glisser dans son bleu sillon Une gondole avec sa proue Faite en manche de violon. Le sein de perles ruisselant, La Vénus de l'Adriatique Sort de l'eau son corps rose et blanc. Suivant la phrase au pur contour, S'enflent comme des gorges rondes Que soulève un soupir d'amour. Jetant son amarre au pilier, Devant une façade rose, Sur le marbre d'un escalier. Ses mascarades sur la mer, Ses doux chagrins, ses gaietés folles, Tout Venise vit dans cet air. Refait sur un pizzicato, Comme autrefois joyeuse et libre, La ville de Canaletto! III De paillettes tout étoilé, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé. Serpent par ses mille couleurs, Rosse d'une note fantasque Cassandre son souffre-douleurs. Comme un pingouin sur un écueil, Le blanc pierrot, par une blanche, Passe la tête et cligne l'oeil. Avec la basse aux sons traînés, Polichinelle, qui se fàche, Se trouve une croche pour nez. Avec un trille extravagant, A Colombine Scaramouche Rend son éventail ou son gant. Un domino ne laissant voir Qu'un malin regard en coulisse Aux paupières de satin noir. Que fait voler un souffle pur, Cet arpège m'a dit: C'est elle! Malgré tes réseaux, j'en suis sûr. Sous l'affreux profil de carton, Sa lèvre au fin duvet de pêche, Et la mouche de son menton. IV Que Saint-Marc renvoie au Lido, Une gamme monte en fusée, Comme au clair de lune un jet d'eau... Et secoue au vent ses grelots, Un regret, ramier qu'on étouffe, Par instant mèle ses sanglots. Comme un rève presque effacé, J'ai revu, pâle et triste encore, Mon vieil amour de l'an passé. De l'avril, où, guettant au bois La violette à sa venue, Sous l'herbe nous mèlions nos doigts... Vibrant comme l'harmonica, C'est la voix enfantine et grêle, Flèche d'argent qui me piqua. Si moquer, si doux, si cruel, Si froid, si brùlant, qu'à l'entendre On ressent un plaisir mortel, Dont l'eau pleure dans un bassin, Laisse tomber goutte par goutte Ses larmes rouges dans mon sein. Ah! vieux thème du carnaval Où le rire aux larmes réplique, Que ton charme m'a fait de mal! |