C'est ce qui va arriver à Venise. Le déclin
sera lent, insensible, ponctué de longues périodes
de stabilité, jusqu'à la chute brutale, causée
par un petit général français sans scrupules.
Résumons:
En 1453, Constantinople tombe aux mains des mulsulmans et
en 1492, un certain Christophe Colomb débarque en Amérique.
La chute de Constantinople ouvre la méditerranée
aux Turcs: leur poussée sera continue: Chypre, Crête,
ils grecques, villes côtières... Peu à peu,
Venise va perdre ses comptoirs, sa sécurité.
Quant à l'Amérique, sa découverte va
détourner une part très importante du commerce
mondial vers l'Atlantique. Or Venise est avant tout une ville
de commerçants.
Ce lent déclin semblera ne pas affecter la prestigieuse
cité: sa splendeur reste sans égale, les palais
s'élèvent, élégants, racés;
les fêtes se succèdent, folles et inouies. Jusqu'au
bout, hypnotisée par son propre éclat, Venise va
aussi éblouir le monde.
Et pourtant, en 1797, un petit général du nom
de Bonaparte fait tonner son canon sur la cité. La ville
se rend et la République de Venise, par un vote à
la quasi unanimité, prononce sa dissolution. Le petit
général, ne sachant que faire de sa conquête,
la cède très vite à l'Autriche.
Triste fin qui n'est pas sans évoquer les lendemains
de carnaval, ceux où, la tête un peu lourde, les
masques contemplent les restes de leurs enivrantes débauches,
avant de rentrer dans le rang de l'anonymat. Ils s'éloignent
alors, toujours magnifiques, mais sachant bien que la fête,
cette fois, est terminée.