Anders Petersen à la BNF jusqu’au 2 février 2014


Je l’avoue, j’ai hésité avant de vous inviter à aller voir cette exposition. Disons le tout net, ce n’est pas trop mon idéal photographique et quand je suis sorti de cette exposition avec un ami, nous avons poussé un soupir de soulagement. Comme au sortir d’un mauvais rêve, envoûtant, certes, mais un cauchemar tout de même.

Noir et blanc magnifique, sombre et maléfique et dont les partis pris du tirage amplifient encore la noirceur, photos prises de si près que le petit appareil photo ne saurait cadrer plus serré, ombres percées d’un coup de flash plein pot pour illuminer ce qu’on aurait parfois voulu laisser de côté, Anders Petersen ne s’embarrasse guère d’académisme, ne cherche rien moins que la belle photo: son propos est ailleurs, dans lui-même, dans sa quête inlassable d’humanité et de l’humanité, surtout quand elle résonne avec ses propres peurs ou sa propre angoisse, et quand il hante les lieux déclassés où l’amour est souvent sordide, l’alcool désespéré et la misère sous toutes ses formes l’affirmation d’une dernière et sauvage déclaration de vie malgré tout.

La BNF a réussi cette exposition avec une scénographie remarquable, l’empilement des photos en rangées serrées comme pour assommer d’emblée le visiteur voyeur sous un afflux d’images toutes plus fortes, plus terribles, plus désespérées que les autres. Passée cette mise en oeil brutale, on entre ensuite dans un long parcours plus aéré où peu à peu se dessinent les épisodes et les fascinations de la vie du photographe, Café Lehmitz, Centre pénitentiaire, prostituées, déclassés, corps épuisés, peaux blafardes, yeux ouverts sur le vide, corps enlacés dans des étreintes brutales et qui font parfois songer à Jérôme Bosch ou aux grimaces des damnés des frontons des cathédrales du mauvais côté du Jugemen dernier.

Bref, peu d’eau de rose, mais des fragments de vie arrachés à coup de dent et jetés sur la pellicule dans une quête dont on ne saura pas si elle aura jamais une réponse et si vraiment, malgré ses déclarations, Petersen en cherche vraiment.

Prenez votre courage à deux mains et allez voir cette exposition. Quelle que sera votre réaction, cette visite est salutaire, pour mesurer ce dont la photo, cet aimable passe temps est capable, et pour découvrir un immense photographe.

Pour vous préparer tout de même au choc qui vous attend, il vous suffira d’ouvrir la page d’accueil du site personnel du photographe. Saisissant.

anders_petersen-site

BNF Site Richelieu
5, rue Vivienne
75002 Paris

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.anders_petersen.html